Fonctionnaire et vente de seconde main : le cumul d'activités

2 septembre 2026 · 8 min de lecture · Par l'équipe Dresskool

C'est la question que personne n'ose poser à son chef de service, et que tout le monde pose sur les forums : quand on est fonctionnaire, a-t-on le droit de vendre des vêtements de seconde main ?

La réponse tient en une phrase. Vider ton dressing est libre, parce que tu gères ton patrimoine personnel. Acheter pour revendre, ou recevoir des dépôts contre commission, est une activité privée lucrative : elle est interdite par principe, et possible seulement par exception, sur autorisation de ton administration. Toute la question est de savoir de quel côté de cette ligne tu te trouves.

Le principe, et pourquoi il existe

Un agent public consacre l'intégralité de son activité professionnelle à ses fonctions. Ce principe figure dans le statut général de la fonction publique, aujourd'hui codifié dans le Code général de la fonction publique, et il a été resserré par la loi de 2016 sur la déontologie des fonctionnaires. Il vaut pour les trois versants, État, territoriale et hospitalière, et pour les contractuels de droit public comme pour les titulaires.

L'objectif n'est pas de t'empêcher de gagner de l'argent. Il est d'éviter trois choses : que ton activité privée empiète sur ton service, qu'elle crée un conflit d'intérêts avec les missions de ton administration, et qu'elle porte atteinte au fonctionnement ou à l'image du service public. Retiens ces trois critères : ce sont eux que l'autorité hiérarchique examinera, et c'est en ces termes qu'il faut présenter ton projet.

Le partage : gérer son patrimoine, ou exercer une activité

La gestion de son patrimoine personnel n'est pas une activité professionnelle. Vendre les vêtements que tu as achetés pour toi, les meubles de ta grand-mère ou ton vélo relève de cette gestion, quel que soit le montant. Personne ne te demandera d'autorisation pour vider ton armoire.

Ce qui fait basculer, ce n'est donc pas le montant, et ce n'est pas non plus le nombre d'annonces. C'est l'intention. Acheter dans le but de revendre, c'est de l'achat-revente, donc une activité commerciale. Recevoir les vêtements d'autres personnes pour les vendre contre une commission, c'est du dépôt-vente, donc une prestation de services. Dans les deux cas, tu exerces une activité privée lucrative, et la règle du cumul s'applique.

Trois indices que l'administration fiscale comme ton employeur regardent : tu achètes des lots pour les revendre à l'unité, tu vends de façon régulière et organisée, tu tires de cette activité un revenu récurrent. Si les trois sont réunis, la qualification ne se discute pas, et se déclarer devient une obligation avant d'être un choix. C'est aussi vrai pour n'importe quel salarié du privé, comme le rappelle notre article sur le statut à choisir quand on vend de la seconde main.

Les trois voies possibles

Une fois que ton projet est bien une activité privée lucrative, trois portes existent. Elles ne se valent pas.

1. L'activité accessoire, sur autorisation

C'est le régime le plus courant. Il permet d'exercer une activité privée à côté de son service, à condition qu'elle reste accessoire et qu'elle figure parmi celles que les textes autorisent. La demande se fait par écrit auprès de l'autorité hiérarchique, avant de commencer, et elle doit décrire l'activité, son volume horaire, son employeur ou son cadre juridique, et sa rémunération prévisible.

L'autorisation n'est pas automatique et elle peut être retirée si l'activité prend trop de place ou si elle devient incompatible avec le service. Elle est aussi personnelle : ce qu'un collègue a obtenu dans une autre administration ne présage pas de ta réponse.

2. Le temps partiel pour création ou reprise d'entreprise

Si ton projet est de créer une entreprise, y compris une micro-entreprise, tu peux demander à passer à temps partiel pour cette raison. Ce dispositif est explicitement prévu pour laisser à un agent le temps de monter son activité, et il est encadré dans le temps : quelques années, renouvelables une fois dans les conditions prévues par les textes. L'autorisation dépend là encore de ton administration, et l'avis du référent déontologue est prévu par la procédure.

C'est la voie sérieuse quand la seconde main n'est pas un à-côté mais un projet de reconversion. Nous décrivons ce chemin dans notre article sur la reconversion vers la seconde main.

3. Le temps non complet ou incomplet

Les agents dont la quotité de travail est inférieure à un seuil fixé par les textes, en pratique une part réduite de la durée légale, bénéficient d'un régime allégé : ils peuvent exercer une activité privée lucrative sur simple déclaration à leur autorité hiérarchique, sans autorisation préalable. Vérifie ta quotité exacte sur ton arrêté avant de te fier à ce régime : c'est elle qui décide, pas ton ressenti sur ta charge de travail.

La démarche, dans l'ordre

1. Qualifie ton projet honnêtement. Vente de tes propres affaires, ou achat-revente et dépôt ? C'est la seule question qui commande tout le reste, et se mentir à soi-même à cette étape est la meilleure façon de se retrouver en difficulté plus tard.

2. Identifie ton référent déontologue. Chaque administration en a un. C'est son rôle de répondre à ce type de question, sa saisine est confidentielle, et son avis écrit vaut mieux que dix pages de forum. C'est le geste le plus utile de toute la démarche, et le plus souvent oublié.

3. Dépose une demande écrite, avant de commencer. Décris l'activité, le temps qu'elle prendra, le statut envisagé et le revenu attendu. Montre en quoi elle ne touche pas ton service, ne crée aucun conflit d'intérêts et se déroule intégralement hors de tes horaires. Écris-le noir sur blanc : ce sont les trois critères de l'examen.

4. Attends la réponse. Commencer avant l'autorisation est exactement le reproche qu'on peut te faire, et c'est celui qui transforme un projet légitime en faute disciplinaire.

5. Crée ensuite ton statut. Une fois l'autorisation obtenue, la micro-entreprise est le cadre le plus simple pour démarrer. Les mécanismes fiscaux, l'abattement forfaitaire et les plafonds sont identiques à ceux de n'importe quel indépendant : nous les détaillons dans notre guide fiscal du micro-entrepreneur en seconde main et dans notre article sur les plafonds à surveiller.

Les quatre erreurs à ne pas commettre

Attendre d'être repéré. Une régularisation demandée spontanément et une situation découverte n'ont pas le même traitement. Le calendrier est un élément du dossier.

Vendre sous un autre nom. Un compte au nom du conjoint ne change rien à la qualification et ajoute un problème à celui qu'il prétend résoudre. Si l'activité est réellement celle de ton conjoint, alors c'est lui qui la déclare et qui l'exerce, pour de bon.

Confondre discrétion et dissimulation. Tu n'as aucune obligation de parler de ton activité à tes collègues. Tu as l'obligation d'en informer ton administration.

Ignorer le conflit d'intérêts. Il ne se limite pas au fait de vendre pendant tes heures. Si ton service exerce une mission de contrôle, d'attribution de marchés ou de police administrative sur le secteur concerné, le sujet devient sérieux et mérite un avis écrit avant toute démarche.

Ce que ça change concrètement

Une fois l'autorisation en poche, ta situation ressemble à celle de n'importe quelle vendeuse qui démarre en gardant son emploi : un temps limité, une organisation à trouver, et la nécessité de traiter l'activité comme un vrai métier plutôt que comme un passe-temps. Le sujet est le même pour un salarié du privé, et nous l'avons traité dans notre article sur vendre de la seconde main en gardant son emploi.

La différence tient au sérieux du suivi. Quand ton activité est autorisée à titre accessoire, tu as tout intérêt à pouvoir montrer, à tout moment, ce que tu as vendu, combien tu as encaissé et combien de temps tu y consacres. C'est aussi ce qui rend l'activité tenable : un stock suivi, des ventes tracées et une facturation propre coûtent quelques minutes par semaine avec un outil de gestion et de facturation, et des heures sans.

Ce qu'il faut retenir

Vendre tes propres vêtements est libre et ne demande aucune démarche. Acheter pour revendre, ou vendre pour d'autres contre commission, est une activité privée lucrative : interdite par principe, autorisée par exception, sur demande écrite et avant de commencer.

La démarche est plus simple qu'elle n'en a l'air, et le refus est loin d'être la règle. Ce qui coûte cher, ce n'est jamais la demande, c'est de l'avoir sautée.

Cet article décrit le cadre général du cumul d'activités dans la fonction publique. Il ne remplace ni l'avis du référent déontologue de ton administration, ni celui d'un professionnel du droit : ta situation dépend de ton versant, de ton statut et de tes missions.

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Questions fréquentes

Un fonctionnaire peut-il vendre ses vêtements sur une plateforme ?

Oui, sans aucune démarche, tant qu'il s'agit de ses propres affaires. Vendre son dressing relève de la gestion du patrimoine personnel, pas d'une activité professionnelle, et aucun plafond de montant ne vient limiter cette liberté. La règle change dès qu'il y a achat en vue de revendre, ou vente pour le compte d'autres personnes contre commission : c'est alors une activité privée lucrative, soumise au régime du cumul d'activités.

Faut-il une autorisation pour ouvrir une micro-entreprise quand on est fonctionnaire ?

Oui, et elle se demande avant de créer l'entreprise, pas après. La demande écrite est adressée à l'autorité hiérarchique et décrit l'activité, son volume, son cadre juridique et la rémunération attendue. Selon le projet, elle prend la forme d'une autorisation d'activité accessoire ou d'une demande de temps partiel pour création d'entreprise. Les agents dont la quotité de travail est faible relèvent d'un régime allégé, sur simple déclaration.

Que risque un agent qui vend sans avoir demandé l'autorisation ?

Il s'expose à une procédure disciplinaire et au remboursement des sommes perçues au titre de l'activité non autorisée, indépendamment de toute question fiscale. Le point important est le calendrier : une situation régularisée spontanément et une situation découverte ne sont pas traitées de la même façon. Si l'activité a déjà commencé, le bon réflexe est de saisir le référent déontologue et de déposer la demande sans attendre.

Le dépôt-vente est-il traité comme l'achat-revente ?

C'est la même règle de cumul, mais pas la même nature d'activité. L'achat-revente est une activité commerciale de vente de marchandises ; recevoir des vêtements et les vendre contre une commission est une prestation de services. La distinction change le taux d'abattement fiscal en micro-entreprise et les plafonds applicables, et elle doit être décrite correctement dans la demande d'autorisation comme dans la déclaration d'activité.

À qui poser la question dans son administration ?

Au référent déontologue, dont chaque administration doit disposer. Sa saisine est confidentielle, son rôle est précisément de répondre aux questions de cumul et de conflit d'intérêts, et son avis écrit protège l'agent bien mieux qu'une réponse orale d'un supérieur. C'est le geste le plus utile et le plus souvent oublié : il se fait avant la demande d'autorisation, pas après un refus.