Le plafond de la micro-entreprise : ce qui se passe quand tu le dépasses
La question revient toujours au même moment : quand l'activité commence enfin à tourner. Une vendeuse fait 6 000 euros dans le mois, en fait 7 000 le mois suivant, et se demande soudain jusqu'où elle a le droit d'aller.
La réponse tient en une phrase qui surprend presque tout le monde : ce n'est pas le plafond de la micro-entreprise qui va t'arrêter. C'est un autre seuil, deux fois plus bas, dont on parle beaucoup moins.
Voici les deux compteurs, ce qui se passe exactement quand on les franchit, et la manière de les voir arriver plusieurs mois à l'avance.
Il y a deux plafonds, et ce n'est pas le plus connu qui arrête
Quand une vendeuse me dit qu'elle surveille son plafond, elle parle presque toujours du même : celui du régime micro-entreprise. Pour 2026, il est de 203 100 euros de chiffre d'affaires pour la vente de marchandises, et de 83 600 euros pour les prestations de services.
Ce plafond existe, il compte, et il est très haut. Le problème est qu'il en cache un autre, beaucoup plus bas, qui relève d'une logique complètement différente : celui de la franchise en base de TVA. Ses seuils sont de 85 000 euros pour la vente de marchandises et de 37 500 euros pour les prestations de services, avec des seuils de tolérance à 93 500 et 41 250 euros.
Fais le calcul. Une vendeuse en achat-revente franchit la TVA à 85 000 euros, alors que son plafond micro est à 203 100. Elle rencontre donc le premier mur à moins de la moitié du chemin, et la plupart du temps sans l'avoir vu venir, parce qu'elle regardait l'autre chiffre.
Savoir dans quelle case tu tombes
Avant tout calcul, il faut savoir quelle limite s'applique à quoi. La distinction est simple à énoncer et souvent mal appliquée.
L'achat-revente relève de la vente de marchandises. Tu achètes un lot, une box, un stock de fin de série, tu le revends : ton chiffre d'affaires est le prix de vente total, pas ta marge. C'est une source d'erreur classique. Vendre pour 60 000 euros de vêtements achetés 25 000 euros, c'est 60 000 euros de chiffre d'affaires, pas 35 000.
Le dépôt-vente relève de la prestation de services. Tu ne vends pas ton bien, tu rends un service à une déposante et tu prends une commission. Ce qui entre dans ton chiffre d'affaires, c'est ta commission, pas le prix payé par l'acheteur. La part reversée à la déposante n'est pas à toi, comme le rappelle notre article sur reverser l'argent aux déposantes. Attention toutefois : ce traitement suppose un vrai mandat, écrit, avec une commission identifiée. Si ta pratique s'apparente en réalité à un achat suivi d'une revente, l'administration peut requalifier.
Si tu fais les deux, tu as deux compteurs. Chacun avec sa limite, et une règle globale à respecter en plus. C'est le cas de la majorité des vendeuses qui montent en puissance, et c'est la situation où l'on se trompe le plus. Notre article sur la comptabilité d'une vendeuse de seconde main montre comment tenir deux totaux séparés sans y passer ses dimanches.
Ce qui se passe vraiment quand tu dépasses
Contrairement à ce qu'on imagine, rien ne s'arrête du jour au lendemain.
Côté régime micro, le dépassement d'une seule année est toléré. Tu restes au micro cette année-là et la suivante. C'est le dépassement pendant deux années consécutives qui fait sortir du régime, avec effet au 1er janvier suivant la deuxième année. Autrement dit, tu disposes d'un délai réel pour t'organiser, à condition de savoir que le compteur tourne.
Côté TVA, c'est plus rapide et c'est là que ça pique. Le franchissement du seuil de tolérance fait perdre la franchise en cours d'année, et tu deviens redevable de la TVA sur tes ventes à partir de ce moment. Concrètement : tes factures changent, tu déclares, et tu récupères la TVA sur tes achats professionnels. Ce n'est pas une catastrophe, c'est un changement de métier administratif, et il ne s'improvise pas la veille.
Un point mérite une attention particulière en seconde main : il existe un régime de la marge pour les biens d'occasion, qui permet dans certains cas de calculer la TVA sur la seule marge plutôt que sur le prix de vente. Quand on achète à des particuliers, qui ne facturent aucune TVA, la différence est considérable. Les conditions sont précises et méritent un avis professionnel : c'est le sujet à faire trancher avant de franchir le seuil. Côté DressKare, l'article sur le régime de la franchise en base de TVA détaille le fonctionnement pour un vendeur professionnel.
Les trois erreurs qui coûtent le plus cher
Compter en marge au lieu de compter en encaissements. C'est de très loin la première. On raisonne sur ce qu'on a gagné, l'administration raisonne sur ce qui est entré. En achat-revente, l'écart entre les deux est énorme, et il fait franchir un seuil des mois avant qu'on ne s'en aperçoive. Notre article sur calculer sa marge explique pourquoi les deux chiffres servent, et à quoi.
Découvrir le franchissement en janvier. Regarder son total une fois par an, c'est se condamner à réagir quand tout est joué. Le bon rythme est mensuel : un total cumulé, tenu à jour, activité par activité. Quinze minutes par mois suffisent, et c'est ce qui transforme un mur en simple étape prévue.
Freiner ses ventes pour rester sous un seuil. Cela arrive plus souvent qu'on ne croit, et c'est presque toujours une mauvaise décision. Franchir un seuil ne veut pas dire perdre de l'argent : cela veut dire que la structure doit suivre la taille de l'activité. Refuser de la croissance pour éviter une déclaration, c'est payer très cher un peu de tranquillité administrative.
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La méthode tient en trois gestes, et elle ne demande aucun outil compliqué.
Un tableau, deux colonnes, douze lignes. Une colonne marchandises, une colonne services, une ligne par mois, et le cumul depuis janvier. À la fin de chaque mois, tu remplis deux cases. Tu vois immédiatement à quel rythme tu approches de chaque seuil, et lequel arrivera en premier.
Une alerte à soixante-dix pour cent. Quand un cumul atteint soixante-dix pour cent d'un seuil, tu prends rendez-vous avec un comptable. Pas quand tu l'atteins : quand tu en es aux deux tiers. C'est à ce moment que les décisions sont encore ouvertes et peu coûteuses.
Une projection de fin d'année, une fois par trimestre. Tu prends ton cumul, tu le rapportes à douze mois en tenant compte de la saisonnalité, et tu regardes où tu atterris. Une activité de seconde main est très irrégulière, comme le montre notre article sur la saisonnalité de la vente : une projection linéaire faite en juin sous-estime presque toujours l'automne.
Et après, on fait quoi ?
Sortir du régime micro n'est pas une sanction, c'est un changement de catégorie. Deux décisions sont à prendre, et elles sont indépendantes l'une de l'autre.
La première concerne le régime fiscal : tu passes au régime réel, avec une comptabilité complète, un bilan, et l'accompagnement d'un expert-comptable. En contrepartie, tu déduis tes charges réelles, ce qui, avec du stock, des expéditions et éventuellement un local, change souvent le résultat en ta faveur.
La seconde concerne la forme juridique : rester en entreprise individuelle, ou passer en société. Cette question-là ne se tranche pas sur le chiffre d'affaires, mais sur ta protection sociale, la manière dont tu veux te rémunérer, et le fait de travailler seule ou à plusieurs. Notre article sur le statut d'une vendeuse de seconde main compare les options, et celui sur se verser un revenu montre ce que chaque forme change concrètement à la fin du mois.
Le seul vrai piège, dans toute cette affaire, est de découvrir la situation trop tard. Un seuil franchi et anticipé est une formalité. Le même seuil découvert au moment de la déclaration devient un rattrapage, avec de la TVA à régulariser sur des ventes déjà faites, à un prix qui ne la prévoyait pas.
Questions fréquentes
Quels sont les plafonds de la micro-entreprise en 2026 ?
Deux montants selon la nature de l'activité : 203 100 euros de chiffre d'affaires pour la vente de marchandises, ce qui couvre l'achat-revente de vêtements, et 83 600 euros pour les prestations de services, ce qui couvre la commission de dépôt-vente. Ces montants sont ceux publiés par l'administration pour les revenus 2026. Si tu fais les deux, les deux limites s'appliquent en même temps, chacune sur sa part.
Que se passe-t-il l'année où je dépasse ?
Rien d'immédiat côté régime micro. Le dépassement sur une seule année est toléré : tu restes au micro. C'est le dépassement pendant deux années consécutives qui fait sortir du régime, et la sortie prend effet au 1er janvier suivant la deuxième année. Tu as donc le temps de préparer la bascule, à condition de savoir que tu es dedans.
Pourquoi parle-t-on de la TVA alors que je suis loin du plafond ?
Parce que la franchise en base de TVA a ses propres seuils, très inférieurs : 85 000 euros pour la vente de marchandises et 37 500 euros pour les prestations de services, avec des seuils de tolérance à 93 500 et 41 250 euros. Une vendeuse en achat-revente rencontre donc la TVA à 85 000 euros, soit bien avant le plafond de 203 100 euros. C'est ce mur-là qui arrive en premier, et c'est celui que presque personne ne surveille.
La TVA sur les vêtements d'occasion se calcule-t-elle sur le prix de vente ?
Pas nécessairement. Il existe un régime particulier pour les biens d'occasion, dit régime de la marge, qui permet dans certains cas de calculer la TVA sur la seule marge et non sur le prix de vente total. C'est déterminant quand on achète à des particuliers, qui ne facturent aucune TVA. Les conditions d'application sont précises : c'est exactement le sujet à faire trancher par un comptable avant de franchir le seuil, pas après.
Faut-il changer de statut quand on sort du micro ?
Pas automatiquement. Sortir du régime micro-fiscal ne change pas ta forme juridique : tu peux rester en entreprise individuelle et passer au régime réel, avec une comptabilité complète et un expert-comptable. Passer en société, EURL ou SASU, est une décision séparée, qui se prend sur d'autres critères comme la protection sociale, la rémunération et les projets à plusieurs. Ne confonds pas les deux questions.